Vue d'ensemble

Au Bahreïn, il existe plusieurs centres de détention. Toutefois, parmi toutes les prisons, les principales sont la prison de Jau, le centre de détention de Dry Dock, la prison d’Isa Town et le centre de détention de mineurs.

Selon des militants des droits de l’homme et des organisations internationales, la plupart des centres de détention bahreïnis n’offrent pas de conditions adéquates et respectables à leurs détenus. Plusieurs rapports ont souligné le traitement sévère auquel ils sont soumis ainsi que les conditions de vie médiocres que ces prisons peuvent fournir. La plupart des établissements sont surpeuplés, les conditions sanitaires sont mauvaises, les détenus n’ont pas accès aux soins médicaux et sont souvent exposés à des violences physiques.

Le gouvernement a signalé que de l’eau potable était disponible dans les établissements pénitentiaires, mais certains rapports font état d’un manque d’accès à l’eau pour boire et se laver, du manque de douches et de savon et de toilettes insalubres. D’autre part, la nourriture est suffisante pour la plupart des prisonniers, mais ceux qui ont besoin d’un régime alimentaire particulier en raison de problèmes de santé ne la reçoivent presque jamais.

Les services de santé fournis par la plupart des établissements sont extrêmement pauvres. Les organisations de défense des droits de l’homme ont noté que certains prisonniers souffrant de maladies chroniques n’avaient pas accès aux soins médicaux. En outre, des rapports ont signalé des épidémies dues à la surpopulation, au manque d’installations sanitaires et d’infrastructures médicales.

De plus, les prisonniers ont en théorie le droit à une visite par mois ainsi que 30 minutes d’appel téléphonique par jour. Cependant, il a souvent été signalé que certains détenus se voyaient refuser l’accès aux visites des membres de leur famille et de leurs avocats.

Les autorités pénitentiaires autorisent les détenus à pratiquer leur religion, bien qu’il existe des cas de détenus ayant été empêchés de pratiquer leur foi et de prier, en particulier pour les religieux chiites.

En outre, les détenus se sont plaints de violences physiques et sexuelles, de mauvais traitements et même de tortures infligées par des responsables de la détention et des gardiens. Ainsi, les détenus font des grèves de la faim pour dénoncer les terribles conditions carcérales.

Enfin, les organisations internationales n’ont été autorisées à visiter que rarement les centres de détention du Bahreïn, tandis que des organisations locales indépendantes de défense des droits de l’homme se sont vu refuser l’accès aux visites. L’Institut national des droits de l’homme, qui a été créé par le gouvernement, et le médiateur des prisons du Ministère de l’intérieur ont reçu de nombreuses plaintes au cours des 18 derniers mois, mais ces plaintes n’ont entraîné aucune amélioration significative de la situation des prisonniers.

La prison de Dry Dock

Le centre de détention de Dry Dock est un centre de détention temporaire réservé aux hommes – mais des enfants à partir de 15 ans y sont également détenus. De nombreux détenus arrivent à Dry Dock avec des blessures qu’ils ont subies lors de leur séjour à la Criminal Investigation Directorate (CID) ou lors de leur arrestation. Le centre de santé sur place est totalement inadéquat pour accueillir la population actuelle et les prisonniers qui demandent à se rendre à l’hôpital sont souvent soumis à un harcèlement intense de la part des gardes. Le centre de détention a été décrit comme étant surpeuplé et les détenus rapportent que les installations sont dangereusement insalubres.

Selon les rapports, chaque cellule abrite un nombre de détenus de plus de deux fois sa capacité, ce qui crée un grave problème de surpeuplement. En outre, plusieurs détenus ont déclaré que l’éclairage à l’intérieur des cellules était très faible, ce qui affectait leur vue à long terme, et que les lits, les couvertures et les oreillers ne permettaient pas de dormir. 

Les conditions à Dry Dock violent les articles de l’Ensemble de Normes Minima pour le Traitement des Détenus de l’ONU. Par exemple, les détenus ne sont pas autorisés à pratiquer librement leur religion. D’anciens détenus ont déclaré que les gardes avaient détruit leurs textes sacrés chiites lors de l’inspection de leur cellule et qu’ils n’étaient pas autorisés à avoir une «Turbah» pour prier ou célébrer des fêtes religieuses.

De plus, la nourriture fournie est souvent périmée et indigeste et il n’y a pas d’eau fraîche. Cela pousse les détenus à acheter jusqu’à deux mois de nourriture et d’eau à l’épicerie de la prison située sur place, ce qui est extrêmement coûteux.

La santé et les traitements médicaux ne sont pas toujours garantis. À Dry Dock, il y a une petite clinique avec une infirmière pour traiter plus de 1 500 détenus. Le personnel de santé est entièrement composé de non-Bahreïnis qui ne distribuent que des analgésiques et ne donnent pas de soins préventifs ou curatifs. Malgré leur piètre état, les détenus ne sont pas autorisés à se faire soigner à l’hôpital ou à la clinique. Dans plusieurs cas, ce retard délibéré dans les soins a directement entraîné la mort du détenu. De plus, les conditions dans les cellules de Dry Dock ne sont pas hygiéniques. Il n’y a pas assez de douches pour le nombre de détenus, il n’y a souvent pas assez d’eau disponible et quand il y en a, elle n’est pas chauffée. Les toilettes ne sont pas nettoyées quotidiennement et les toilettes débordent d’excréments. Dans le but de protéger leur santé, les détenus essaient de nettoyer les toilettes avant de les utiliser, même s’ils n’ont pas accès aux produits de nettoyage adéquat. 

Prison de Jau

La prison de Jau est le principal centre de détention au Bahreïn. Des enfants âgés de 15 ans seulement, condamnés, y sont détenus dans les mêmes installations que les adultes. La prison est extrêmement surpeuplée. Selon le rapport du médiateur sur la visite au centre pénitentiaire, en 2013, la prison accueillait déjà 1 608 prisonniers. Cela représente une augmentation de 34% par rapport à la capacité maximale de 1 201 personnes. Les chiffres actuels sont encore plus élevés compte tenu du nombre de prisonniers qui déclarent dormir sur le sol.

La prison de Jau est composée de neuf bâtiments. Il existe un bâtiment spécifique destiné uniquement aux prisonniers politiques (bâtiment numéro un) et un autre réservé aux personnes condamnées dans l’affaire connue sous le nom de « Bahreïn 13 » (bâtiment numéro six).

Selon les témoignages, les cellules de la prison de Jau seraient sales et surpeuplées, obligeant nombre de prisonniers de dormir par terre dans les couloirs.

Les prisonniers ne se voient pas toujours garantir le droit de recevoir leur famille toutes les deux semaines, ni de passer des appels téléphoniques. Avant les visites familiales, les prisonniers sont parfois déshabillés comme une forme d’humiliation. Plusieurs familles ont signalé avoir également subi des traitements humiliants et dégradants lors de leur visite à la prison de Jau, comme des fouilles corporelles. Certains ont même été arrêtés pour avoir interrogé les autorités pénitentiaires au sujet du traitement réservé aux prisonniers à Jau.

Plusieurs prisonniers ont déclaré que le traitement réservé aux détenus à Jau dépendait de la religion de l’individu et de l’infraction commise. Par exemple, les prisonniers sunnites bénéficient d’un traitement préférentiel, tandis que les prisonniers chiites et les criminels seraient victimes de harcèlement et d’abus. Les prisonniers ne sont pas autorisés à posséder des livres politiques ou des textes religieux chiites.

De plus, la prison de Jau n’est pas conforme aux normes internationales exigeant des caméras dans tous les bâtiments, couloirs et quartiers de la prison. En conséquence, il règne dans l’établissement une culture d’impunité concernant les mauvais traitements infligés aux détenus.

Il y a un dispensaire à la prison de Jau avec un seul médecin. Les soins dispensés ne sont pas professionnels et ne sont ni préventifs ni curatifs. Les médicaments sur ordonnance ne sont pas donnés en fonction de la posologie de chaque patient. Dans plusieurs cas, les autorités pénitentiaires ont refusé de donner aux patients les médicaments prescrits par leur médecin pour gérer des maux préexistants à l’incarcération. La clinique n’est pas équipée pour traiter les cas d’urgence, et lorsque des prisonniers sont transférés à l’hôpital, ils sont soumis à des mauvais traitements et à un harcèlement constant.

La nourriture fournie est suffisante, et aucune considération n’est accordée aux détenus soumis à des restrictions alimentaires. Les autorités pénitentiaires ne fournissent pas d’eau propre et saine. Les prisonniers sont obligés d’acheter de l’eau embouteillée dans le magasin de la prison à grands frais. Cependant, l’accès des prisonniers au magasin de la prison n’est pas toujours garanti. Enfin, plusieurs cas de prisonniers isolés en solitaire de façon arbitraire ont été rapportés.

Poor Conditions in Bahrain’s Notorious Jau Prison Violate International Standards

La prison d’Isa Town

La prison pour femmes d’Isa Town est le seul centre de détention pour femmes à Bahreïn. Elle accueille par conséquent à la fois des personnes en détention provisoire et des personnes condamnées dans des quartiers distincts. Les détenus de cet établissement ont décrit un environnement de stress extrême et constant qui pèse sur leur état mental. La plupart des détenus sont des travailleurs migrants et nombre d’entre eux ne parlent ni l’arabe ni l’anglais et ne comprennent donc pas les accusations qui leur sont reprochées ni le motif de leur détention. Un très petit nombre de détenus dans cet établissement sont des détenus politiques. Un nouvel établissement a récemment été ouvert pour les femmes et cette prison est plus grande et dotée d’installations physiques améliorées, mais le traitement des détenus est encore pire qu’avant.

Des prisonniers détenus dans un ancien bâtiment de la prison pour femmes d’Isa Town ont déclaré que les cellules étaient extrêmement petites et surpeuplées: il y avait tellement peu d’espace inoccupé au milieu de la cellule que les femmes n’étaient pas en mesure de prier ou de se promener dans la pièce. Dans l’ancien bâtiment, il y avait un espace commun pour manger et regarder la télévision, mais les femmes ne sont pas autorisées à parler, à rire ou à applaudir dans l’espace commun. Dans le nouveau bâtiment de la prison pour femmes d’Isa Town, chaque cellule dispose d’une salle de bains. Les cellules sont donc verrouillées, sauf pendant des périodes déterminées. Les prisonniers ont signalé que, par rapport à l’ancien bâtiment, les nouvelles installations se sont améliorées bien que le traitement se soit dégradé.

Les prisonnières du centre de détention d’Isa Town sont soumises à un harcèlement verbal quotidien, à des violences physiques et à des menaces d’agression sexuelle de la part des gardiens de prison. La peur générée par ces abus a aggravé un environnement déjà stressant. Les prisonnières signalent que le personnel n’est pas suffisamment équipé pour fournir des évaluations psychiatriques et des traitements pour la santé mentales des détenues.

Les autorités pénitentiaires ont empêché les femmes chiites de pratiquer régulièrement leur religion et leur ont confisqué leurs textes religieux. Les prisonnières seraient punies pour les fêtes religieuses et les autres jours fériés. Quand des femmes sunnites et chiites ont tenté de prier ensemble, les gardes les auraient harcelées puis séparées. La salle commune était sous surveillance constante et les gardes ordonnaient à tout le monde de retourner à la cellule s’ils violaient les règles.

Le Centre de détention pour mineurs

Le Centre de détention des mineurs est le centre supposé détenir les mineurs. Cependant, à partir de 15 ans, des enfants sont détenus dans des prisons ordinaires telles que Dry Dock et la prison de Jau.

Les autorités du Bahreïn pratiquent systématiquement la détention d’enfants dans des conditions dangereuses, en violation directe de la Convention relative aux droits de l’enfant. Les autorités pénitentiaires n’ont montré aucune intention de réformer ces pratiques.